Lila-May
Roster / Bernard Moisse
Lila-May – Out Of Time
Hors du temps, et en plein dedans…
C’est le paradoxe lumineux de ce premier mini album de Lila-May.
La lycéenne, née dans le 95, émigrée aux environs d’Angers avec sa famille, où elle va au lycée quand elle n’enregistre pas des chansons percutantes, avait décoché une première salve il y a quelques mois avec un inaugural “Ain’t Going Anywhere”.
Un titre qui amadouait Tik Tok (la chanteuse est mineure, on le rappelle). Il y avait là un piano malin, et cette voix juvénile, pourtant déjà mature dans son phrasé, qui évoquait forcément une Amy Winehouse familière, mais dans sa version solaire, quand le drame n’avait pas pris le pas sur l’éblouissement d’une âme pure transfigurée par l’éternelle puissance du jazz.
Dans cette famille où la musique est un dénominateur commun, en pratique comme en écoute, Lila-May cultive donc un intérêt particulier pour le jazz et les comédies musicales américaines classiques. Elle écoute certes Billie Eilish, Sabrina Carpenter ou Laufey, les chanteuses cultes de sa génération, mais aussi Elvis Presley, Ray Charles ou Frank Sinatra.
Elle écrit très tôt ses propres chansons, textes et mélodies, dans un anglais qu’elle maîtrise plutôt bien, puis l’adolescence venue, avec son frère aîné de trois années (Billie Eilish syndrome), elle les réalise dans une chambre transformée en studio d’enregistrement modeste. En lycéenne de son temps, quand elle ne compose pas (piano, guitare et ukulélé), elle poste sur les réseaux des bribes de reprises, aventureuses mais sincères qui attirent
l’attention du label Freedonia.
La suite s’apparente au conte de fée qui fait l’ordinaire de l’histoire de la musique populaire. Lila-May enchaîne avec une reprise nerveuse du hit des Propellerheads, chanté par Shirley Bassey, “History Repeating”.
Quatre cent mille streams plus tard, auxquels il faut ajouter les presque autant du single suivant, “Bring It Back”, le duo familial écrit, complète et enregistre (toujours à Angers) cet EP qui démontre l’étendue du chemin parcouru et l’aisance acquise.
Cinq chansons, dont la reprise déjà populaire, augmentées d’une autre cover du “Dream A Little Dream Of Me”, créée en 1931, popularisé en version folk par The Mamas & The Papas en 1968, un standard revisité ici dans ce qui constitue l’essence de Lila-May, un équilibre idéal entre le souffle éternel du jazz et l’aplomb d’une millenial qui chante comme si Billie Holiday en personne lui avait versé le lait sur ses céréales tous les matins, avant de sauter
dans le bus scolaire.
Il y a une magie évidente dans cette façon qu’a Lila-May de s’approprier un esprit musical du passé pour en faire un véhicule du présent. Motorisées par une voix qui collectionne les couleurs sans jamais sacrifier aux pénibles affèteries du r&b contemporain, ces chansons sont vivifiantes, elles sonnent, brillent, bousculent, se font une place sur le devant des playlists possibles, suscitent d’infinies chorégraphies pour les réseaux friands de partage, et
ouvrent des perspectives à un public vierge de références, qui va s’en désaltérer avec passion.